mercredi 11 décembre 2013

Les Revendications de la bourgeoisie angevine en 1614

L’idée de réunir des Etats Généraux (E.G) ressurgit de façon récurrente : E.G. de l’environnement, E.G. de la santé, E.G. de la gauche… Vastes consultations sans a priori, sauf à vouloir faire du neuf à partir des crises du présent. 1789 est la référence intellectuelle et politique. Or les Etats Généraux de 1789 ne furent que les derniers d’initiatives royales depuis 1302.

Les avant-derniers furent ceux de 1614, convoqués par Marie de Médicis, l’incompétente régente du jeune roi Louis XIII, cela dans un contexte de troubles. En 1613, des révoltes mobilières se multiplient.
L’Anjou subit maints pillages, ce qui entraînent
la venue à Angers en août 1614 de la régente et du jeune roi Louis XIII. Pour calmer les esprits, Marie de Médicis y convoque des Etats Généraux. Ils se tiendront à Paris, d’octobre 1614 à février 1615, sans résultat du fait d’oppositions majeures entre les trois ordres : Clergé, Noblesse, Tiers Etat.
Le cahier de doléances du Tiers Etat angevin reflète bien ces oppositions rédigées par 10 délégués, 2 de la haute bourgeoisie (le maire, Du Mesnil et le futur maire d’Angers, Lanier) et 8 de la moyenne bourgeoisie (4 marchands et 2 avocats). Les paroisses rurales ne sont pas représentées.

Les doléances
Les doléances (combien ?) ont été déposées à la Mairie d’Angers (à l’époque place Imbach) dans une « boite en forme de tronc ».
Elles portent sur certains privilèges de la noblesse, sur le carcan de multiples réglementations ou législations, sur les abus du clergé. Mais rien sur le sort de l’immense majorité, la paysannerie… Par ailleurs, la monarchie n’est pas mise en cause et tels députés s’en remettent aux Roi, « père très béni (…), pour remédier aux abus et désordres qui vont déformant le royaume ».

 « Pour la réformation de l’ordre ecclésiastique »
Simonie et Commende (1) sont dénoncées ainsi que l’évêque d’Angers, Miron, consacré à 18 ans, sans avoir reçu les ordres ! Les abbayes seraient « dégénérées pour la plupart (…) en cloaques de tous les vices ». De plus, de nombreux prélats ne résident pas sur place et cumulent les bénéfices (les revenus ecclésiastiques).
« Ce désordre a permis (que naissent) l’hérésie, les séditions (…) et la paix en laquelle nous vivons (2) ne peut être longue durée sans réformation. »
En l’occurrence il s’agit de placer le clergé sous contrôle royal dans une optique gallicane (3). Celui-ci se nourrit localement de l’hostilité aux jésuites : ces « soldats du Christ », qui ne relèvent que du Pape. Ils font concurrence à l’Université d’Angers avec leur Collège de la Flèche.

Et la Noblesse ?
Deux revendications essentielles à son encontre. La démolition  des forteresses féodales qui « favorisent les remuements contre l’Etat ». Et l’Anjou en a su quelque chose pendant près de trente ans de guerres politico-religieuses.
La suppression des pensions aux nobles distribuées à profusion pour acheter la paix, tant par Henri IV que par la régente Marie de Médicis.

La grande affaire : la fiscalité
Il faudrait entre autre abolir « la maudite » vénalité des offices (charges administratives) (4) qui ferme « la porte (…) au savoir et à la vertu » ; et qui est source de partialité, de frais de justice exorbitants. Racine y fait toujours écho à la fin du siècle dans sa comédie des plaideurs. L’Anjou est province Grande Gabelle : la taxe sur le sel y est au maximum, alors que la Bretagne voisine en est affranchie. Il faut supprimer la Gabelle. Enfin, ces gens du Tiers que l’activité économique préoccupe, souhaitent la suppression des péages, la « grande oppression des marchands », et au moins, la réduction des traites ces douanes entre provinces à l’intérieur du royaume.
De plus, l’unification des poids et mesures apparaît nécessaire « pour faciliter le trafic et le commerce », (en particulier pour le vin vers la Bretagne).
Et, il faut bien sûr réduire la taille, cet impôt qui ne pèse que sur la personne des roturiers. Bref, 1614 posa des questions que 1789 devaient résoudre.

J.P. Brachet


(1)     Simonie : trafic d’objets sacrés ou de charges ecclésiastiques.
Commende : revenus d’un évêché ou d’une abbaye attribués à un clerc ou à un laïc.
(2)     Edit de Nantes 1598. 
(3)     Le Gallicanisme entendait restreindre l’autorité du Pape sur l’église de France au profit de l’autorité royale. 
(4)     Y compris l’office de geôlier qui percevait des droits d’entrée et de sortie !

Source : Cahier des gens du Tiers Etat du pays et duché d’Anjou en 1614, étude d’Albert Meynier in Revue L’Anjou 1905.

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